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Défis et solutions bas carbone pour l’Europe, l’Afrique et l’Outre-mer | Témoignage de Clément Jacquemard, Directeur de la filière technique de la division Europe-Afrique de VINCI Construction

Défis et solutions bas carbone pour l’Europe, l’Afrique et l’Outre-mer | Témoignage de Clément Jacquemard, Directeur de la filière technique de la division Europe-Afrique de VINCI Construction

Clément, merci d’avoir accepté de témoigner pour EXEGY ! Commençons par vous : dans quel établissement avez-vous étudié, et quel est votre parcours chez VINCI Construction ?

Alors, pour commencer, j’ai fait mes études en génie civil à ce qui s’appelle aujourd’hui l’ESITC Paris, l’École Supérieure d’Ingénieurs des Travaux de la Construction. Comme beaucoup, j’ai débuté sur le terrain, en tant que conducteur de travaux, avant d’évoluer progressivement vers des postes de directeur de travaux puis de chef de projet. J’ai rejoint le groupe Vinci en 2004, au sein de VCFI, à Mayotte, où j’avais la charge de chantiers de bâtiment et de génie civil : un environnement exigeant, mais extrêmement formateur. J’ai ensuite poursuivi mon parcours à l’international chez SOGEA SATOM au Maroc, avec la responsabilité de grands projets de génie civil industriel, notamment des cimenteries. C’est à ce moment-là que j’ai eu envie de structurer les choses différemment et de créer une direction méthodes, ce qui m’a fait basculer davantage vers l’ingénierie et la réflexion sur nos pratiques constructives. En 2012, je suis revenu en France, à Bordeaux, chez Vinci Construction France, pour prendre en charge l’une des premières directions des Ressources Techniques et Opérationnelles. À partir de 2016, à Paris, j’ai participé au déploiement national des DRTO, notamment en Île-de-France, avant de piloter pendant cinq ans la DRTO dédiée aux ouvrages fonctionnels neufs. En 2023, j’ai retrouvé SOGEA SATOM comme directeur de l’ingénierie, puis, dans la continuité de ce parcours, j’ai contribué à la structuration et à la mise en place de la filière technique de la division Europe-Afrique.

Quelles sont actuellement vos missions en tant que directeur de la filière technique de la division ?

Aujourd’hui, mon rôle, en tant que directeur de la filiale technique de la division, c’est avant tout de créer du lien. Je travaille à la mise en place d’un véritable réseau technique pour permettre aux équipes de tous les pays de la division d’échanger et de travailler ensemble : les pays d’Europe de l’Est, l’Espagne, les entités de SOGEA SATOM en Afrique, ainsi que celles de Vinci Construction Outre-Mer. L’idée est simple : donner à chacun accès aux ressources du groupe, faciliter le partage des retours d’expérience et des bonnes pratiques, et éviter que l’éloignement géographique ne crée une forme d’isolement technique. C’est un point auquel je suis très attaché, car le partage et l’échange sont une vraie force chez Vinci. J’assure également une veille et une assistance technique auprès des équipes qui en ont besoin, soit directement, soit en mobilisant les expertises disponibles au sein du groupe. En parallèle, je représente la division dans les différentes instances et communautés techniques de Vinci Construction, notamment au comité de domaine technique, afin de faire remonter les besoins du terrain et de porter la voix des territoires dans les grandes orientations du groupe.

Quelles sont les modalités de collaboration entre la filière technique et EXEGY, et vos ambitions futures pour les bétons bas carbone ? Quels sont les bénéfices que vous tirez de la marque et de ses solutions pour vos objectifs et engagements ?

Sur ce sujet, il n’y a pas vraiment de distinction entre nos ambitions et celles du groupe. Les engagements de la division Vinci Construction Europe-Afrique sont pleinement alignés avec ceux de Vinci Construction, avec un objectif clair : atteindre 90 % de béton bas carbone à l’horizon 2030. C’est une ambition forte, et je ne cache pas qu’elle est particulièrement exigeante pour nos territoires. Les conditions de mise en œuvre du béton bas carbone ne sont pas partout les mêmes : elles dépendent fortement des contextes géographiques, des ressources locales et des cadres réglementaires propres à chaque pays. C’est précisément là que la collaboration avec Exegy prend tout son sens. Leur équipe nous accompagnent pour nous structurer, monter en compétence et trouver des solutions adaptées à nos réalités locales. Je pense notamment aux équipes de formulation béton, au comité scientifique et à leurs laboratoires , qui nous permettent de travailler concrètement sur les matériaux disponibles dans nos territoires. La collaboration se fait à livre ouvert : Exegy est associée à nos démarches de formation, de structuration et de déploiement des solutions bas carbone. Ce que nous en retirons est très précieux : l’expérience des membres de l’équipe, leur maîtrise scientifique du sujet, mais aussi leur recul, lié au fait qu’ils travaillent sur ces thématiques depuis longtemps. Pour donner de la cohérence à l’ensemble, nous avons d’ailleurs construit, au mois de mai, une feuille de route bas carbone à l’échelle de toute la division, qui trace un chemin clair vers notre objectif 2030 d’utiliser 90% de béton bas carbone, et qui a été co-élaborée et partagée avec Exegy. C’est un vrai travail collectif, au service de nos engagements.

Quels sont actuellement les marchés européens et africains les plus réceptifs à l’utilisation de bétons bas carbone ? Qui sont vos principaux partenaires dans cet élan ?

Sur nos territoires, il faut être lucide : ni nos clients ni nos concurrents ne sont aujourd’hui particulièrement moteurs sur les sujets de béton bas carbone. Cela nous oblige à être nous-mêmes leaders et proactifs pour tenir nos engagements, sans attendre une pression externe. La situation est encore plus complexe dans les territoires d’outre-mer et en Afrique, où la disponibilité des ciments et des matériaux ne permet pas toujours de produire facilement des bétons bas carbone. On est donc amenés à explorer de nouvelles approches et à travailler ces sujets en profondeur, parfois presque à partir d’une page blanche. C’est aussi pour cela que nos résultats restent encore modestes : nous sommes clairement au début du chemin. Pour autant, quelques initiatives sont très encourageantes. Je pense par exemple à un projet mené au Burkina Faso, sur un chantier aéroportuaire, où nous avons commencé, avec un fournisseur de ciment, à intégrer des additions de laitiers dans le ciment. Et surtout à la Pologne, où nos filiales portent un vrai travail de recherche sur les argiles calcinées, une ressource locale prometteuse et clairement une piste d’avenir pour le développement du béton bas carbone dans ce pays et ses voisins.

Quelles sont les opportunités et les défis que vous rencontrez dans la généralisation des bétons bas carbone ?

Nous sommes clairement au tout début de notre démarche. Plus qu’une phase de généralisation, nous sommes encore dans une logique pionnière, où l’enjeu est d’abord de poser des fondations solides pour l’usage des bétons bas carbone. Cela passe par la mise en place de partenariats, mais aussi par un travail très concret de recherche de solutions, notamment autour des additions et de leur sourcing. Ce travail a d’ailleurs été mené de manière très approfondie et exhaustive dans les territoires d’outre-mer et en Pologne. L’un des grands défis reste bien sûr la question du coût, en particulier celui lié à l’importation d’additions. C’est aussi une opportunité : en développant des additions locales, on peut à la fois réduire l’empreinte carbone et faire baisser le coût du béton en limitant le recours au ciment importé.

Au-delà des bétons, comment la filière technique Europe–Afrique se développera-t-elle dans les 5 prochaines années ?

Au-delà du béton, le développement de la filière technique Europe-Afrique passera avant tout par le renforcement de la technique au cœur de nos projets. Plus de technicité, c’est plus de fiabilité, mais aussi une meilleure capacité à répondre à des opérations complexes et à nous différencier clairement de nos concurrents. Pour y parvenir, il faudra encore renforcer les échanges et la transversalité entre les différentes instances techniques de la division et celles de Vinci Construction. Nous nous appuierons bien sûr sur notre réseau, mais aussi sur les communautés techniques et les comités de domaine, au sein desquels la filière technique a vocation à porter une voix forte et structurante pour les années à venir.

Quelles sont vos perspectives et ambitions pour le futur de la construction ?

Les entreprises de la construction ont toujours été très traditionnelles, mais elles comprennent aujourd’hui que l’innovation est nécessaire pour subsister dans un secteur à forte compétition, et faisant face à des contraintes de coût et de matériaux.

De ce fait, nous planifions de meilleures préparations pour les chantiers, avec de nouveaux outils, tout en continuant de rechercher l’excellence d’un point de vue QSE et éthique, car l’innovation et l’exemplarité sont bien les valeurs ajoutées de la division Europe–Afrique, et de VINCI Construction.